J’ai le souvenir de ces deux grands marronniers au fond du jardin, qui abritaient nos jeux et nos cris. Des grincements de la balançoire qui se détachait du sol quand nous allions un peu trop vite et combien cela nous faisait rire. Les merles avaient picorés toutes les baies du houx, et nous arrivions chaque année trop tard pour en épargner quelques branches. Le souvenir des montagnes au loin lorsque le soleil les illuminait. L’hiver dans notre jardin était particulièrement magique et teinté de beaucoup de gaieté.

Je me souviens de ces moments privilégiés que je passais chez elle, au calme, loin des tumultes de mes frères. De ce sentiment de sécurité que m’inspirait son visage, sa maison, les rhododinderons à l’entrée et son amour des fleurs, ses tartines au miel, ses chansons et les contes qui sont encore bien vivant en moi aujourd’hui. Elle était si précieuse à mes yeux…

Je mesure l’importance de ce temps de Noël où la nature s’endort pour se régénérer, nous laissant un peu orphelins…Ce temps à part, pour eux pour construire leurs souvenirs, pour nous tous se serrer les coudes, se réunir autour d’une lumière chaleureuse.

Depuis huit ans que nous avons posé nos valises ici, si près du rien, si près de tout. Loin des villes que j’ai tant aimé. Je mesure d’année en année combien je suis sensible au déroulement des saisons, combien je me sens vulnérable lorsque le vent fait trembler notre maison. Il y a quelques jours encore je grattais la glace énergiquement sur mon pare-brise. Je me demandais si je réussirais à conduire mes enfants à l’école et rejoindre mon travail. Sur le chemin, sur notre chemin…je demandais aux enfants de remettre leurs questions existentielles à plus tard, pour me concentrer et éviter de faire tomber la voiture dans le ravin. En deux jours quinze degrés de différence à nouveau. Du coin du feu nous avons regardé la neige fondre, gorgeant le sol d’eau. La terre est brune et la lumière grise et pourtant…et pourtant novembre est derrière et décembre est là. Au village chaque soir dans les traditions de la région, une porte s’ouvre au plaisir de chacun de venir partager l'instant. Mercredi soir nous rejoindrons cette ferme, sans doute à pied, dans la nuit. Je sais que nous y trouverons un grand chaudron de soupe et un conte pour les enfants. Je sais que nous y serons bien, dans la simplicité du moment.

En ce temps de l'avent mes pensées vont vers mes proches, ceux qui sont autour de nous et ceux qui l’ont été.